J'ai eu la chance d'assister à une conférence de Pascal Desfarges sur le web 2.0. Pascal Desfarges dirige une agence de conseil Internet, l'agence RETISS. Il s'intéresse à la manière dont les organisations publiques et les milieux culturels se positionnent sur internet. J'ai découvert lors de cette présentation une approche totalement inédite pour moi. Lorsque Pascal Desfarges a commencé à raconter les début d'internet, je me suis demandé ce que je faisais là. J'avais déjà vu le sujet des dizaines de fois au cours de mes études d'ingénieur. Mais là j'avoue avoir été surpris. L'architecture du réseau a été présentée sous forme sociétale.
La création d'internet
Architecture centralisée. Première hypothèse, pour connecter plusieurs ordinateurs entre eux, il faut impérativement étabilir des règles, respecter des protocoles... Donc la manière la plus logique est de décider qu'un ordinateur est maître (le serveur) et que tous les autres (les clients) sont connectés au serveur qui gèrera l'ensemble. Problème : l'ensemble est dépendant du serveur. Solution non retenue.
Architecture décentralisée. Deuxième possibilité, quelques serveurs connectés entre eux gèrent l'activité de leurs clients. Ici aussi, les quelques serveurs sont des centres névralgiques qu'il est possible de neutraliser pour casser le réseau.
Hétérarchie. Finalement, on se dit que chaque ordinateur est indépendant. Aucun ordinateur n'est plus puissant que l'autre. On est dans un système connecté où il n'y a pas de centre, pas de pouvoir, mais une organisation, des règles qui font que l'ensemble fonctionne. On peut faire l'analogie avec une fourmilière où toutes les fourmies sont au même niveau, la reine étant la pondeuse, mais pas la boss. Si on sépare une fourmillière en deux, rapidement elle se réorganise pour recréer son propre système.
On voit que d'une architecture purement centralisée nous sommes arrivés à une toile, un réseau qui se tisse et se détisse en permanence. Et cela va plus loin. La notion de centre est présente partout dans notre société. Dans notre civilisation Dieu est le centre, il est le pouvoir, il est le guide. Chacun doit ensuite évoluer dans ce guide, en suivant des rails. En entreprise, on est aussi dans un système hiérarchique, avec le patron au sommet. On retrouve aussi le principe dans le livre qui est fait pour être lu du début à la fin. Il est linéaire.
Or dans la nature, il y a une multitude de systèmes non linéaires, à commencer par le cerveau. Le cerveau fonctionne par un système de connexions entre les neurones. Pas de super neurone qui pilote l'ensemble. La matière est non linéaire, la fourmilière aussi... et le web !
Le non linéaire prend le pouvoir. Avec l'arrivée du web, c'est l'hypertexte. On casse la linéarité. Il y a toujours quelques rails, mais à nous de piloter les aiguillages en cliquant sur les liens. Les digital natives, ceux de la génération Y nés après 1992, baignent là-dedans. À l'école, ils sont toujours éduqués sur le mode centrique, mais dès qu'ils se connectent sur leurs smartphones, consoles de jeu, TV... la linéarité n'existe plus.
Avec le web 1.0, on était dans un mode centrique (une organisation publie une information aux lecteurs). Avec le web 2.0, chacun devient producteur de contenu et peut rivaliser avec les plus grandes organisations.
D'un point de vue processus de travail, je m'interroge sur la manière dont l'organisation du travail va évoluer. On parle ici de documents professionnels, que ce soit des Powerpoint ou des rapports, voire des e-mails, mais ces modes de communications professionnels ne risquent-ils pas d'être dépassés très vite ? un Powerpoint est linéaire, avec un orateur qui s'adresse à plusieurs personnes qui écoutent et qui, éventuellement, poserons une question à la fin. Comment ces digital natives élevés à twitter, au mur facebook, aux communautés, à l'échange de contenu unitaire, vont-ils influencer nos modes de fonctionnement ? Comment vont-ils réagir lorsqu'on va leur dire qu'avant de diffuser une information il faut la faire valider au N+1, N+2 et N+3 ? Et lorsqu'on leur présentera nos supers arborescences de fichiers 01-Budget, 02-Pré-projet, 03-Projet, 04-Post-Projet. Où classer le dossier budgétaire du projet ? Alors qu'à l'ère du tag, ils ne se poseront même pas la question...
Avez-vous des exemples d'entreprises qui ont adopté un mode de fonctionnement interne 2.0 ? Est-ce efficace ? Comment est-ce perçu par la vieille école ? (les natifs d'avant 1992 !)

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